Histoires de femmes

Les femmes dans l’insurrection du Sud, septembre 1870

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Les femmes jouent un rôle fondamental dans les événements de septembre 1870.

Quel est le profil des femmes insurgées ?

Âge : elles sont jeunes, la majorité d’entre elles entre 17 et 27 ans

Origine : elles sont filles d’affranchis, ouvrières agricoles, citoyennes libres, nées de parents ex esclavisés

Profession :   elles sont cultivatrices, couturières, lavandières, blanchisseuses, marchandes …

Mobilité : elles circulent énormément dans les campagnes, à pied,

Quel est leur rôle dans l’insurrection ?

Avant : elles transmettent les informations partout dans les campagnes, font signer des pétitions et organisent des sussu pour la libération de Lubin

Pendant la révolte, elles fabriquent des bouteilles d’eau pigmentées, sont en 1ère ligne pour les lancer et aveugler les soldats, fabriquer des torches enflammées, accumuler des cailloux à lancer contre les soldats, incendier les cases à bagasse, organiser les pillages des maisons de maître, participer au tour de garde, s’occuper de l’intendance …

Que retenir ?

• Elles étaient très nombreuses parmi les 500 insurgé·es arrêté·es et emprisonné·es. Seules 15 femmes sur les 114 inculpés.

• La détermination de ces femmes, leur esprit de solidarité, leur courage et leur persévérance.


BIOGRAPHIE DE MARIE-PHILOMENE ROPTUS
dite LUMINA SOPHIE dite SURPRISE

(1848-1879)

LUMINA SOPHIE dite SURPRISE  naît le 5 novembre 1848, juste après l’abolition de l’esclavage, en Martinique au Vauclin à l’habitation LA BROUE.   Elle est enregistrée à l’état civil sous le nom de  MARIE PHILOMENE SOPHIE , fille de Marie  Sophie dite ZULMA. Peu après le patronyme donné à sa mère et à elle-même sera celui de Roptus.

La petite enfance de Surprise, se déroule à  l’ habitation LA BROUE, où se met en place la nouvelle vie des nouveaux libres à partir du second semestre de l’année 1848, avec les contrats d’association qui laisse en jouissance aux travailleurs les cases et un petit lopin de terre.

La famille de la petite fille est  majoritairement composée de femmes et sa grand mère, Reine SOPHIE veille à la gestion du « jaden boy Kay » où s’activent sa mère et ses tantes pendant que les hommes dans le « jadin nèg » se donnent à la culture des gros légumes de caféiers, cacaoyers et de  bananiers.

A la mort de sa grand mère, la famille se disperse, et c’est la rupture avec la famille élargie. Surprise à 6 ans 

 Zulma sa mère  se retrouve  à la tête d’une famille monoparentale  qu’elle installe sur l’habitation Champfleury entre VAUCLIN et RIVIERE PILOTE. Zulma a plusieurs cordes à son arc, elle est couturière, cultivatrice, marchande mais aussi journalière sur les habitations voisines. Surprise, apprend la couture, accompagne sa mère au marché, et lors des récoltes de la canne à sucre et du café.  Elle fait ainsi l’apprentissage des conditions de vie des ouvriers et des paysans.

Au début de l’année 1870, Surprise a 21 ans , résistante,  et dotée d’une forte personnalité. C’est une jeune femme autonome  qui a gardé le  contact avec le « pays sucrier » où elle est journalière par moments, vendeuse sur les marchés du hameau de Josseaud et du bourg de Rivière Pilote. Elle fréquente les artisans du bourg, cultivatrice et couturière rurale elle partage l’amertume des paysans des mornes. Son concubinage avec Emile SIDNEY, issu d ’une famille de libres de couleur  d’avant l’abolition de l’esclavage, contribue à lui donner  un regard averti  sur le quotidien des populations rurales, imposées inéquitablement, méprisées et écartées de l’instruction.

En 1870, Léopold LUBIN , un noir du Marin , membre d’une famille d’entrepreneur de travaux publics est lourdement condamné dans une affaire l’opposant à  Augier de MAINTENON , jeune européen , commissaire de marine et chef de service au bourg du Marin. Un mouvement de solidarité active à laquelle s’associe LUMINA se développe.

A cette affaire s’ajoute l’affaire CODE. CODE est un Béké, propriétaire de l’habitation LA MAUNY, auteur d’un drapeau blanc hissé en nostalgie des temps esclavagistes, membre du jury d’assises dans l’affaire LUBIN qu’ll se vante publiquement d’avoir fait condamner. Les habitants des campagnes sont en colère contre les provocations de CODE et de l’injustice faite à LUBIN. LUMINA,  est solidaire du mécontentement populaire.

En septembre 70, sur la place du marché de Rivière Pilote, on l’a retrouve avec les autres manifestants-es,  hurlant  la libération de LUBIN. Le 22 septembre la  population du Sud de la Martinique et notamment celle de Rivière Pilote se soulève. LUMINA fait partie des insurgés-es. Elle est enceinte de deux mois. Elle participe à la marche vers la MAUNY avec l’ «armée»  de TELGA. L’insurrection est rapidement vaincue et LUMINA est arrêtée le 26 septembre 1870 à Régale sur l’Habitation Eugène LACAILLE, et sera incarcérée au FORT DESAIX.

Plusieurs chefs d’accusation sont retenus contre elle. Son premier procès se tiendra du 17 mars au 17 avril, on l’a présente comme une femme qui cherche à dominer les hommes.  Le  gouverneur de l’époque l’identifie comme la « flamme de la révolte », les témoins à charge parle de la «  reine de la compagnie, la  plus féroce, la plus terrible des chefs de bande, la maniaque de l’incendie.. ». Malgré sa présence, dans les événements de RIVIERE PILOTE, on ne retient pas contre elle l’accusation de complot, ni le commandement de troupes armées. Elle est relaxée le 17 avril de ce chef d’accusation mais d’autres charges pèsent sur elle.

Le 28 avril 1871 elle accouche, à la prison centrale de Fort de France, d’un garçon  que l’administration pénitentiaire nomme Théodore LUMINA. L’enfant est immédiatement  séparé de sa mère.

Le 2éme procès de LUMINA se déroulera du 22 mai au 8 juin 1871. Elle sera  punie, pour révolte contre l’aristocratie des planteurs, pour blasphème, pour avoir menacé les hommes et pour vouloir les dominer, pour avoir mis le feu à 3 habitations.

Le 8 juin 1871 LUMINA est condamnée aux  travaux forcés à perpétuité pour incendie et participation active à l’insurrection.. 

LUMINA SOPHIE arrive au bagne  de SAINT LAURENT DU MARONI, en GUYANE le 22 décembre 1871. Théodore meurt à 14 mois, à la prison de FORT de FRANCE, le 10 juillet 1872.

Elle est contrainte d’épouser 7 ans après, le 4 Aout 1877, Marie Léon Joseph FELIX un bagnard, un  paysan originaire du nord de la France. Elle meurt d’épuisement, de maladie et de mauvais traitements, le 15 décembre 1879 à SAINT LAURENT DU MARONI. Elle est alors âgée de 31 ans.


Quelques Femmes actrices de l’insurrection :

Madeleine Clem : 39 ans, libre avant 1848 – Elle reconnaît Codé le 24 septembre à Morne Vent.- Dotée d’une grande énergie, elle s’évade de  prison. Condamnée à mort par contumace – Lumina Sophie dite « Surprise » : (19 ans) 23ans, couturière, née au Vauclin, enceinte de 2 mois en 1870 – Travaux forcés à perpétuité pour incendies – Astérie Boissonnet :  21 ans, cultivatrice, travaux forcés à perpétuité pour incendies – Rosanie Soleil : 27 ans, couturière, aurait proposé de «saler » Codé comme  un cochon – 5 ans de prison – Maria Bouchon : ignorant son âge, cultivatrice – 20 ans de travaux forcés – Robertine Geneviève : 21 ans, cultivatrice – 10 ans de travaux forcés pour incendies et pillages – Hortensia Chalon : ne sait pas son âge, domestique – 15 ans de travaux forcés .pour incendies et pillages – Adèle Négrant : fournit les allumettes chimiques aux incendiaires –  Travaux forcés à perpétuité, par  contumace – Dame Jean-Louis Camille Cyrille : 32 ans, cultivatrice, 20 ans de travaux forcés pour incendies – Aline Ménage : 28 ans , cultivatrice – 10 ans travaux forcés pour incendies et pillages – Malvina Sylvain : 21 ans, cultivatrice – 10 ans de travaux forcés – Adèle Frémont : ignorant son âge,, cultivatrice – 5 ans de travaux forcés – Chériette Chérubin : 17 ans,; couturière – 2 ans de prison, 200f d’amende –Louisine née Chérubin : 23 ans,, couturière – 2 ans de prison, 200f d’amende – Sylvanie Sylvain : 23 ans, couturière – acquittée – Morigène Lacaille : accusée d’avoir ouvert et lu la lettre du Gouverneur

Et Marie Rivière 18 ans, Marie Louise 17 ans, Cléria Rivière 16 ans, Marie Finoli dite Capresse 19 ans, Marie-Claire Rivière, Mazoune 20 ans, Amanthe Jean – Marie 23 ans, Antoinette Michel 22 ans, Henriette Boisson 21 ans …

FNAPV Septembre 2020-1 n°18

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150 ans après l’insurrection du Sud, l’UFM innove en investissant les lieux et en projetant des jeunes sur cette scène historique !

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