Gerty DAMBURY – Féministe : Bien sur!

Publié le Mis à jour le

Féministe ! Un gros mot ? En ce temps-là, oui.

Les années 70. J’avais 17 ans et le monde ne ressemblait pas du tout à ce qu’il prétend être aujourd’hui.

Les allocations familiales pour les enfants étaient versées au père. Même lorsqu’il était avéré qu’il ne vivait pas avec ses enfants et ne se préoccupait pas d’eux. Le divorce mettait les hommes et les femmes, mais surtout les femmes, au banc de la société. On pouvait se séparer, on ne divorçait pas. L’église vous serait interdite. Moi, l’église, franchement… Mais enfin… Plus de communion pour celles qui allaient à la messe. L’hostie, vous la regardiez de loin ou vous n’y alliez plus, à l’église.  Les jeunes femmes n’avaient pas droit à la pilule. D’ailleurs, on ne parlait pas de sexualité et surtout pas de la sexualité des femmes. On découvrait un jour que quelque chose d’étrange vous arrivait : vous aviez du sang au fond de vos sous-vêtements. Vous pouviez paniquer, hurler, appeler votre mère à votre secours. Elle arrivait et vous disait : « chut ! ne parle pas fort ! » Alors vous entriez dans un monde de chuchotements, de serviettes hygiéniques en tissu lavées au fond de la cour et mises à sécher sous des draps pour que personne ne voie ces tâches que trois bouillons dans l’eau de javel chaude n’avaient pas réussi à faire disparaître. Vous entriez dans un monde dans lequel vous alliez acheter, en vous cachant, les premières serviettes hygiéniques jetables au Prisunic et quelquefois, c’était une amie plus hardie qui osait aller vous les acheter. Votre corps, en son entier était soumis à la gêne, la honte, les jambes fermées, croisées l’une sur l’autre, les amourettes derrière les murs. Parler à un garçon, c’était être une traînée. Faire quelques pas avec lui dans la rue au retour du travail ou du lycée vous condamnait presque automatiquement à l’épouser ! Être violée, même par une dizaine de garçons était quand même un peu votre faute et vous perdiez la tête de douleur, de souffrance et de honte parce que vos parents vous cachaient. Tomber enceinte hors mariage vous destinait à fuir en France ou dans une autre commune pour que les autres n’en sachent rien. On vous enfermait dans des foyers pour « fille-mère » où quelque religieuse emplie de générosité vous rappelait sans cesse que vous étiez une fille indigne. Quant à parler d’avortement, vous n’y pensiez pas ! Vous vous faisiez charcuter par une « faiseuse d’anges » (oui les enfants morts dans votre ventre devenaient des anges tandis que vous entriez au paradis des salopes, le mot est gros mais la mise à l’index l’est tout autant !) et quelquefois, à la suite d’une manipulation mal engagée, vous deveniez stérile pour le reste de votre vie. Ou bien l’on vous faisait ingurgiter des litres et des litres de thé de cannelle pour que le sang s’échauffe et que l’enfant passe.

Être féministe aujourd’hui ? Bien évidemment !

Pour porter une parole plus proche de nos revendications spécifiques, à nous, femmes de Guadeloupe et de Martinique, femmes noires, femmes afro-descendantes. Contre le racisme. Pour les femmes battues, pour les femmes qui meurent sous les coups de leur conjoint (une tous les deux jours depuis janvier 2019, alors qu’en 2018, nous en étions à une tous les trois jours (pourquoi les choses empirent-elles ?) Pour les femmes qui se voient dépassées au poteau par un homme moins qualifié qu’elles. Pour mettre fin à l’inégalité des salaires : 19% au moins de plus pour un homme à tâche égale. Pour  empêcher la non-condamnation des viols. Pour protéger les petites filles que certains voudraient pouvoir croquer avant l’âge légal, des hommes qui se battent pour faire changer la loi afin de satisfaire leurs pulsions. Pour lutter contre les violences envers les personnes qui vivent une sexualité différente des normes instaurées. Pour préserver les droits obtenus. Pour faire advenir une société plus juste, plus égalitaire, plus ouverte, plus respectueuse des différences. Pour lutter contre la hiérarchisation des rapports. Allez, un dernier mot : pour le bonheur !

 

Gerty DAMBURY

2 réflexions au sujet de « Gerty DAMBURY – Féministe : Bien sur! »

    Largen a dit:
    08/06/2019 à 01:04

    Tout est dit..On pourrait en discuter longtemps.Beaucoup de femmes ont été élevées dans ce culte du silence,ne pose pas de questions, ou tro gran moune, alors qu’ on avait besoin de se confier , de savoir,de comprendre.

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    Gisèle DERIGENT a dit:
    08/06/2019 à 09:24

    Très bien Gerty, tout est dit. Je conclurai également par : « Féministe tant qu’il le faudra ! »

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