Décès de Simone Veil – 2017

Publié le Mis à jour le

Fort de France, le 30 juin 2017
COMMUNIQUE
L’Union des Femmes de Martinique salue la mémoire de Simone Veil, qui a su faire avancer considérablement les droits des femmes par la loi sur l’IVG. Malgré la forte adversité et l’opposition de l’opinion publique de l’époque, elle a su avec opiniâtreté et courage répondre aux besoins des femmes dans leur combat pour le choix de leur maternité.
Quand on sait dans quelles conditions les femmes avortaient clandestinement au péril de leur vie, ou en allant étant obligées d’aller à l’étranger, dans la honte, cette loi a représenté une avancée considérable.
Elle répondait aux revendications et actions des féministes et des démocrates depuis de longues années.
Nous saluons la femme de combat et de conviction, même si nous ne partagions pas toutes ses idées.
Aujourd’hui ce combat n’est pas terminé, puisque l’IVG est toujours remise en cause par des mouvements réactionnaires, et par des conditions financières insuffisantes pour sa mise en œuvre.
Mais nous savons aussi que ce sont les conditions de vie, d’autonomie et d’estime d’elles mêmes qui permettront de diminuer notamment le taux d’IVG chez nous, 3 fois plus important qu’en France.
Nous devons donc poursuivre notre combat pour le droit des femmes à choisir leur maternité dans de bonnes conditions.

Union  des Femmes de Martinique

 

Témoignage d’Yvette EBION, ancienne dirigeante et présidente de l’UFM

La mort de Simone Veil a réveillé en moi  des souvenirs de l’action des militantes de l’UFM dans la lutte pour le droit des femmes à disposer de leur corps.

Arrivée en Août 1968 en Martinique, j’accouche de mon fils 15 jours après. Deux enfants en 1 an en pleine période de remise en cause de la société française, c’est beaucoup et je rejoins de suite l’UFM pour informer les femmes martiniquaises des nouvelles dispositions et comment en Martinique on peut y accéder. La loi Neuwirth pour la contraception a été votée en 1967et bien qu’officiellement appliquée en 1972, on peut déjà avoir accès en Martinique à la pilule et à la pose de stérilet grâce à l’implantation des centres de planning Familial.

 

C’est par la que nous avons commencé notre combat pour informer les femmes : visite de planning, explications  portées par les professionnels, conférences débats avec des médecins qui expliquent les dispositifs et pour la première fois font découvrir leur corps aux femmes ; que l’acte d’amour n’amène pas forcément à la maternité, qu’on peut avoir des rapports sexuels pour le plaisir.

Les femmes réticentes au début sont de plus en plus nombreuses à nous rejoindre et à poser des questions personnelles.

Arrive alors la question de l’avortement qui est illégal, pourtant 300 000 femmes se font avorter en France au risque de leur vie et bravant les interdits.

En Martinique il n’y a pas de statistiques, mais nombreuses sont celles qui avouent avoir provoqué une fausse couche, essentiellement par différentes décoctions dont les secrets sont jalousement gardés, mais qui se transmettent de mère en fille.

Ces fausses couches dans des conditions déplorables faisaient beaucoup de dégâts, aussi les femmes Martiniquaises étaient très sensibles à ce combat pour l’avortement.
Combat particulièrement violent car les hommes en général y sont opposés : « les femmes iront voir ailleurs » et on assiste à des actes incroyables : tentative d’arrachage de stérilet, faire vomir sa compagne pour éjecter la pilule, ce qui amène les femmes à pratiquer la contraception en cachette alors que notre objectif était tout autre : décider ensemble de la venue d’un enfant

La lutte pour la légalisation de l’avortement a donné aux hommes un allié de poids : l’église catholique, qui culpabilisait les femmes en les traitant de meurtrières, jetant l’anathème sur ces dirigeantes communistes qui amenaient les femmes à commettre de tels actes.

C’est le procès de Bobigny en 1971 qui va débloquer la situation : une adolescente de 17 ans, Marie Claire, qui a avorté, sa mère et la « faiseuse d’ange » comparaissent devant le tribunal de Bobigny. Des manifestations géantes sont organisées partout en France, c’est le manifeste des 343 femmes célèbres qui disent avoir avorté et baptisé par les journalistes de « manifeste des 343 salopes », suivi du manifeste des 321 médecins, qui amèneront à l’acquittement de Marie-Claire, de sa mère et de l’intervenante, et qui vont pousser le gouvernement à proposer une loi défendue courageusement par Simone Veil et votée grâce aux voix de gauche.
En Martinique ces évènements, bien relayés par la presse, ont libéré les femmes. La campagne de l’Union des Femmes portait sur deux principes :

  • l’avortement doit rester exceptionnel, ce ne doit pas être un moyen de contraception car c’est toujours une épreuve pour les femmes
  • La légalisation de l’avortement est une mesure d’égalité sociale car les femmes aisées n’avaient pas de problème, elles allaient avorter dans les pays voisins ou même dans les cliniques privées françaises.

Il a fallu attendre 2001 pour que la loi soit vraiment complète et la vigilance est toujours de rigueur, car aujourd’hui lors d’une minute de silence demandée par les élus de Loire Atlantique les élus du Front National ont quitté la salle.

 

4/07/2017

 

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