Les féministes dressent le bilan du ministère des Droits des femmes

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Publié par le journal l’Humanité, le 8 juillet 2013

 « Il y a un décalage entre les attentes soulevées pendant la campagne et la réalité du changement constaté », dénonce Marjorie Monni, militante à Osez le féminisme !, lors de l’ouverture des Rencontres des féministes en mouvement, samedi matin. Environ 700 personnes ont participé à ce week-end de débats, où de nombreuses revendications ont été portées auprès de la ministre des Droits des femmes.

Un an après la création de son ministère, Najat Vallaud-Belkacem est venue défendre son bilan, mettant en avant notamment le remboursement de l’IVG et la contraception gratuite pour les mineures de 15-18 ans. « En réalité l’ensemble des actes pour l’avortement ne sont pas gratuits, la consultation pour l’anesthésie et l’échographie restent payants », explique Carine Favier, co-présidente du Planning familial. « C’est un problème pour les mineures qui bénéficient des mutuelles de leurs parents », insiste-t-elle.

Pour ce qui est de la contraception, elle regrette qu’ « elle ne concerne que trois types de contraceptifs : la pilule, le stérilet, l’implant ». D’autres s’interrogent sur la possibilité de mise en œuvre des mesures : « l’accès à la santé, au droit à l’avortement et à la contraception, est remis en cause quand les services hospitaliers ferment et réduisent leur activité », rappelle Christine Jema, militante à l’association Voix de femmes. De plus, la contraception n’est accessible que dans les centres planification, qui ne sont pas présents sur l’ensemble du territoire.

Le Planning familial a également demandé à Najat Vallaud-Belkacem « les actions qu’[elle] comptait mettre en place pour que l’avortement devienne légitime face à l’opposition toujours d’actualité ». La ministre a répondu que des « mesures allaient être prises pour contrer les sites anti-IVG qui se font passer pour des sites d’information ».

Des mesures incomplètes sur les violences

« On est conscientes qu’en douze mois on ne peut pas démolir la société patriarcale et tout reconstruire », concède Marie-France Casalis, du Collectif féministe contre le viol. Elle est néanmoins « surprise que dans le projet de loi sur l’égalité on ne mentionne ni le viol et ni la prostitution ». Elle milite pour que « la prescription soit supprimée pour le viol et qu’il ne soit pas déqualifié en délit par les juges ». La ministre a affirmé avoir « conscience » du problème mais elle ne prévoit « qu’une circulaire pour rappeler aux tribunaux que le viol est un crime».

A la tribune, Marie Cervetti, directrice de l’association Une Femme un Toit (FIT), fait elle aussi son bilan, sur les violences. Elle énumère d’abord « ce qui peut être accueilli de manière favorablement », en précisant : « si c’est appliqué… » Elle salue notamment « l’allongement de l’ordonnance de protection qui passe de 4 à 6 mois, l’extension du téléphone Grand danger à tous les territoires, le maintien de la victime de violences conjugales dans le logement même s’il n’est pas à son nom ». Elle enchaîne en soulignant que ces mesures sur les violences se limitent à celles qui sont conjugales : « rien sur la prostitution, rien sur les violences faites aux jeunes femmes au sein de la famille, rien sur le mariage forcé, rien sur les mutilations sexuelles… » Les places en hébergement d’urgence sont aussi toujours insuffisantes.

Des sujets passés à la trappe

 « Les mots c’est bien, mais aujourd’hui il faut des actions », martèle Maudy Piot, fondatrice  de l’association Femmes pour le dire, femmes pour agir. « J’estime que depuis un an il y a eu très peu de changement, notamment concernant les femmes handicapées, on attend toujours la création d’une maternité spécifique », déplore-t-elle. Nadine Chesnais, amputée des deux jambes et militante dans la même association explique ce désintérêt par « un monde de l’handicap très dur à mobiliser, avec des personnes isolées, mais aussi un thème qui n’est pas vendeur politiquement ».

Autres thèmes oubliés de cette première année de ministère : la dépendance. Car les femmes ont de plus en plus la charge de leurs parents. Mais aussi les droits des femmes étrangères en France. Dans ce dernier domaine, « l’action du gouvernement a été quasiment inexistante, dans le projet de loi pour l’égalité, un seul article y est dédié », dénonce Claudie Lesselier du Réseau pour l’autonomie des femmes immigrées et réfugiées (RAJFIRE). Cette exonération des taxes pour les titres de séjours des femmes victimes de violences conjugales reste cependant pour elle « une bonne mesure ». Elle demeure cependant moindre face à toutes les revendications sur le sujet qu’énumère Claudie Lesselier, comme « le droit à une aide juridictionnelle », ou encore « la suppression du pouvoir discrétionnaire du préfet à propos du renouvellement du titre de séjour en cas de séparation du couple due à des violences ». Elle s’interroge aussi sur la raison de l’absence de la création d’une mission transversale sur les femmes étrangères, à laquelle la ministre s’était engagée en janvier 2013. « Y a-t-il des divergences au sein du gouvernement ou est-ce seulement des mesures remises à plus tard ? » Elle n’obtiendra pas de réponse et sera renvoyée sur un autre groupe de travail spécifique à l’insertion professionnelle des femmes immigrées.

Un an après la création du ministère des Droits des femmes, « le compte n’y est pas », conclue le communiqué final des Rencontres. Avec également la PMA, les sujets ne manquent pas pour les mobilisations féministes à venir… « On y va ! », lance d’ailleurs avec énergie un petit garçon, à la fin d’une intervention dans la salle.

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