Anne Zelensky, c’est quoi votre féminisme ?

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Rencontre avec Anne Zelensky le 3 février 2009 –Atrium – Fort-de-France

AZ : Je suis heureuse d’être là avec des féministes d’ailleurs. Le féminisme n’est pas dépassé, ni mort. : il en est seulement à ses balbutiements. C’est une ambition très vaste. Ce n’est pas seulement se battre pour l’égalité entre les femmes et les hommes et pour les droits. L’égalité et les droits sont une condition nécessaire mais non suffisante. Mais même cette condition minimum n’est pas remplie. On réduit le féminisme à son minimum vital. Ce minimum est acquis théoriquement mais pas pratiquement, pas du tout. Exemple la parité. Il faudra attendre des décennies pour que la parité soit réalisée (et soit l’égalité).

   Les choses avancent très, très lentement. Sur nos épaules pèsent des millénaires d’oppression, nous n’avons donc pas le droit « de respirer ». Le féminisme c’est aussi le droit de respirer, le droit d’oser affirmer notre refus par exemple d’une mauvaise place dans un restaurant ou ailleurs. Dans la vie quotidienne s’affirmer nous coûte cher. Cela se passe à la maison, à la cuisine…C’est fatigant et cela oblige à mobiliser de l’énergie.


Le féminisme c’est surtout oser
: oser être ce que nous sommes, oser affirmer notre indignation, oser affirmer notre refus. Le féminisme est une ambition très vaste. C’est le jumeau de la démocratie, de la « démocratie avancée » .


Le féminisme a une visée civilisatrice
et contribue à sortir l’humanité de l’obscurantisme, à la rendre plus humaine, plus respectueuse. Si la relation entre un homme et une femme s’humanise, c’est toutes les autres relations, toute la société qui s’humanise. Le degré de civilisation d’une société se mesure au statut des femmes (Marx). Le modèle masculin est dominant. Le coït a une place importante. Les femmes n’ont pas exploré ce que sont que leurs besoins, leurs attentes. Comment les femmes vivent-elles leur sexualité, leurs fantasmes ?


Le féminisme est très ambitieux
, c’est une philosophie, une approche de la vie. Une lunette qui nous montre le monde mais pas comme celui qu’on vit.

Il faut analyser les micros pouvoirs car le pouvoir est transversal et se joue dans toutes les relations humaines. La violence dans le couple est la partie visible de la domination. Le féminisme s’est beaucoup interrogé sur le pouvoir. Ex en 70 on n’a pas voulu d’organisation par refus de l’institution mais c’est une raison de son éclatement aujourd’hui. Il aurait fallu analyser les pouvoirs pour mieux les gérer. Ce qui aurait permis d’avoir aujourd’hui des structures de coordination, y compris planétaires. Il n’y a pas de mouvement planétaire.


C’est des femmes que dépend l’avenir de l’humanité. Les femmes constituent un gisement inexploité. C’est la moitié de l’humanité qui commence à émerger dans une longue marche qu’il faut coordonner, se donner du courage. Cela viendra.

Le féminisme est extrêmement dérangeant
. Il bouleverse toute l’organisation sociale, quand le couple se défait, c’est la poutre qui s’en va. Il est très dangereux. Toutes les manœuvres sont mises en place pour le déjouer. C’est une gageure. Il faut être convaincue que c’est une lutte fondamentale. Je déteste quand on dit « je ne suis pas féministe mais…. » On nous dit que le féminisme est dépassé. Est-ce que le mouvement ouvrier est dépassé ? Est-ce que le mouvement contre le racisme est dépassé ? Il faut avoir de la conviction et être fière d’être féministe.


Le féminisme, c’est une attitude au quotidien
. Il existe actuellement une panne de réflexion du féminisme, on roule sur l’acquis : il faut continuer la réflexion.. Il y a encore des choses à trouver. Il y a des choses à faire avec les hommes il faut que les hommes s’y mettent, prennent en charge leurs problèmes. Ce sont eux qui ont des problèmes avec les femmes. Tant que les hommes n’auront pas pris le train du féminisme …Les jeunes chercheuses doivent prendre les hommes comme sujet de recherche.
Débat

   La femme n’ose pas dire non car elle a peur de perdre l’autre. La peur de l’abandon qui plane tout le temps. Nous ne savons pas nous battre. Nous sommes paralysées par la peur. Les femmes font l’économie d’une réflexion sur elles. Les rapports sont souvent violents entre les femmes. Nous devons réfléchir sur le pouvoir et les femmes. Il faut retrouver les solidarités. En l’absence d’un mouvement de femmes, il n’y a pas d’avancées. En 70 incapables (incapables ou était-ce volontaire, dans la mouvance de 1968 ?) de poser les bases d’une organisation. Il faut une locomotive qui fasse avancer. Il faut décortiquer tous les mécanismes de frein.
Parfois, nous nous détestons ; il faut donc faire le travail pour s’aimer. Donner sens au mot sororité, concept et terme inventé dans les années 70. La psychanalyse peut aider à ce travail. C’est un outil précieux. Il ne faut bouder aucun instrument. Il faut du temps libre mis au service de notre lutte. Il faut des relais.

Problèmes théoriques des rapports entre féminisme et association de masse, féminisme et dévouement, etc.: c’est se contenter de « remailler les trous du patriarcat » !

Notes prises lors de la rencontre avec Anne Zelensky
Anne Zelensky, professeur agrégée, présidente de la Ligue du droit des femmes qu’elle a fondée avec Simone de Beauvoir, participe activement à la gestion de Flora Tristan, premier centre d’accueil pour femmes et enfants victimes de violences, et à « SOS hommes et violences en privé », centre d’écoute pour hommes ayant recours à la violence.  Elle a publié en 2005  Histoire de vivre – Mémoires d’une féministe.

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