L’histoire du travail des femmes en Martinique

Publié le

Exposé basé essentiellement sur un article de Mme Cécile CELMA sur « les femmes au travail à la Martinique » dans les dossiers de l’outre-mer, n° 82.


Introduction
:

Le but est de dégager des grandes tendances de l’évolution du travail des femmes à la Martinique de la période esclavagiste à nos jours. Comment la femme martiniquaise des années esclavagistes à la fin des années 1960 a-t-elle lutté pour essayer d’améliorer sa situation ?


Structure de la société
:
Dans les premières années de du XVIII ème siècle, il y a plus d’hommes que de femmes : les colons « importent » plus d’hommes que de femmes car l’objectif est de défricher les terres. Le taux de féminité c’est-à- dire le nombre de femmes pour 100 hommes est de 50 pour la période de 1715 à 1717 et passe à 83 femmes pour 100 hommes pour la période de 1763-71 qui est considérée comme une période de stabilisation de la plantation

A partir de la fin du XVIII ème siècle et tout le long du XIX ème siècle, c’est la fonction de reproduction qui prédomine, en 1835, le taux de féminité atteint 111, il y a alors plus de femmes que d’hommes dans la population. En fait, la proportion de femmes est plus importante dans la population libre que la population esclave.
Les femmes sont plus nombreuses à se racheter , elles se racheter elles et leur enfants


I – Les activités des femmes esclaves

La femme esclave a deux fonctions :

– Une fonction de production

– Une fonction de reproduction

Les esclaves d’habitation sont les plus nombreux, ils représentent 74 % de la population en 1835.

Valérie SIDOINE d’après un article de Cécile CELMA « Les femmes au travail à la Martinique ( XVII-XX ème siècles), Cécile CELMA, in Les Dossiers de l’outre-mer, n° 82, 1er trimestre 1986
Au XVIII ème siècle les femmes représentent 1/3 de l’effectif de la main d’oeuvre des plantations.

Exemple : d’une habitation en Martinique, en 1842.

Cette habitation possède 255 nègres :

  • A la houe 56 femmes , 54 hommes
  • Au petit atelier ( repiquage et à la plantation ) : 18 garçons, 18 filles
  • 9 ouvriers
  • 6 domestiques
  • 1 accoucheuse
  • 2 hospitaliers
  • 7 gardiens de bétail
  • 18 infirmes et sexagénaires
  • 38 négrillons
  • 28 petites filles

Soit 111 esclaves femmes et 126 esclaves hommes.
Il y a donc à peu près égalité entre les sexes, en particulier au jardin. On trouve les femmes comme amarreuses, sarcleuses, porteuses d’eau…
Au petit atelier, elles travaillent avec les enfants au repiquage et à la plantation.
A la sucrerie, elles sont employées au moulin.
Bien qu’il existe une distinction entre les sexes, en ce qui concerne la répartition du travail sur la plantation, les conditions de travail sont les mêmes pour les hommes et pour les femmes.
Il faut distinguer les esclaves de jardin et les esclaves domestiques de l’habitation.
Les esclaves domestiques représentent 10 % de. Les esclaves 
domestiques sont majoritairement des femmes ; les femmes sont lingères, femmes de chambres, couturières, das, servantes. Les esclaves domestiques étaient mieux payées que celles du jardin.

C’est dans cette catégorie que se compte le maximum d’affranchissements. En effet sur 87 femmes qui se sont rachetées en 1845, 64 sont des domestiques.

Transition :
Au moment de leur affranchissement, elles vont travailler en ville. Les femmes seront une composante de la classe ouvrière.


II – Le travail des femmes des années 1880 aux années 1940

Le nombre de femmes employées sur les habitations diminue pendant cette période.
Par exemple, pour pour les dix habitations de l’usine du Galion, le taux de féminité passe de 95 en 1921 à 79 en 1936.
Les femmes sont les premières victimes de la grande crise des années 1880. A cause du contingentement des rhums, la production de canne et de rhum diminue. De nombreuses femmes travaillent 2 à 3 jours par semaine sur l’habitation du Galion pour avoir un salaire d’appoint pendant la récolte. Les comptes d’habitation du Galion permettent de constater que le salaire des femmes est toujours inférieur à celui des hommes. Les autres jours de la semaine les femmes travaillent au bourg ou dans les villes ou pendant l’inter-récolte ( elles sont alors marchandes, lessiveuses, repasseuses ).

La majorité de la population active salariée des ville est composée de ces femmes, des couturières, du personnel de service , servantes, das, et mais la profession qui occupent le plus les femmes est celui de charbonnières.

Charbonnières 3 A3

Elles travaillent à Saint-Pierre et à Fort-de-France à alimenter les bateaux en charbon.

En 1925, elles sont plus de 500 sur le port de Fort-de-France. Elles portent, sur la tête des mannes ( paniers de charbon de 25 à 50 kg) et travaillent quelquefois de 6 heures du matin à 4 heures de l’après-midi, pour un salaire de 0, 25 F la manne en 1925, soit de 4 à 6 F par jour. Lorsque les bateaux sont alimentés au mazout à partir de 1935, la majorité d’entre elles deviennent dockers. On les retrouve aussi au transport des bananes.

Rôle syndical des femmes

Les premières femmes à se syndiquer en Martinique sont les Charbonnières dans la « Corporation des Charbonniers et des Charbonnières de Saint-Pierre » qui devient rapidement un syndicat actif ayant une antenne à Terres –Sainville à Fort-de-France.

En 1910, on compte en Martinique 4 syndicats d’ouvriers agricoles au Lorrain, à Sainte-Marie, Trinité, Robert. Pour 1017 hommes syndiqués, on compte 491 femmes.

Le plus fort taux de syndiquées est au Lorrain avec 430 femmes pour 583 hommes. Les femmes se battent sur les revendications du mouvement ouvrier en particulier :
– Réglementation de la tâche en agriculture
– Augmentation des salaires
– Journée de huit heures
– Semaine de 40 heures
– Conventions collectives , notamment dans le commerce

Les femmes participent à toutes les luttes ouvrières, sociales ; l’insurrection du sud en 1870, la grève de 1900, le grève de février 1923, la grève des

charbonniers en 1925. Elles sont nombreuses au moment du Front Populaire à manifester.

Transition :
La régression du nombre des femmes dans l’agriculture s’accentue au fil des années : en 1954, la population féminine représente 29 % de la main d’oeuvre agricole alors qu’elle représente 67 % de femmes dans le tertiaire.

III – De 1946 aux années 1960 : Une nouvelle situation économique

La chute de la production cannière entraîne la fermeture des usines. Une des causes de la départementalisation a été de moderniser des sociétés à structure traditionnelle et à mentalités archaïque en les transformant en sociétés de consommation, sans qu’elles y soient préparées.
Dès les années 50, c’est l’irruption sur le marché martiniquais de nouveaux biens de consommation : Disparition du Yack ( bateau qui assurait le transport des personnes et des marchandises vers Fort-de-France ) et disparition totale du cheval et du transport à pied. On circule en voiture, en « autobus de ligne » ou en t axis de louage. Les premiers appareils ménagers apparaissent, c’est la génération de la radio…

Ce tournant de l’économie a des répercussions sur la société martiniquaise. Un changement dans les mentalités s’opèrent notamment au niveau des classes moyennes. Le mari et la famille acceptent que les femmes quittent leur foyer pour aller travailler. C’est le boom de la tertiarisation pour les femmes des classes moyennes . On ouvre de plus en plus les emplois de la fonction publique à des Martiniquaises de plus en plus diplômées ; des femmes ayant un certain niveau d’études sont employées dans l’administration, les banques, … Il existe en effet une préférence pour le fonctionnariat .

Une déperdition d’emplois pour les femmes des classes populaires.
Les nouvelles donnes économiques obligent les femmes à se reconvertir de la canne vers la banane ou l’ananas ou d’émigrer vers le bourg, ou vers la France. Elles sont employées dans l’agro-industrie ( conserveries d’ananas, fabriques de jus et de confiture) .

D’autres s’établissent à leur compte : elles fabriquent des balais , des chapeaux, sont marchandes, revendeuses. D’autres qui ont un petit capital, investissent dans un commerce ( une petite boutique ) .

D’autres émigrent en France: les 2360 Antillaises qui vivent en France en 1962 sont femmes de ménage, femmes de service…


Conclusion
: Une des caractéristiques de la relation des femmes et du travail est 
souvent la grande dépendance économique , bien évidemment pendant la période du système esclavagiste mais ensuite au XIXème siècle et jusqu’aux années 1950 où la femme dépend économiquement sur les habitations , dans les usines. Elles combattent et luttent.


BIBLIOGRAPHIE:

  • « Les femmes au travail à la Martinique ( XVII-XX ème siècles), Cécile CELMA, in Les Dossiers de l’outre-mer, n° 82, 1er trimestre 1986
  • Echanges et Monnaies à la Martinique des Amérindiens à l’euro, Catalogue d’exposition réalisé avec le concours de l’Association des Amis du Musée (AMAD), musée départemental d’Archéologie et de Préhistoire, conseil général décembre 2001.
  • Valérie SIDOINE d’après un article de Cécile CELMA « Les femmes au travail à la Martinique ( XVII-XX ème siècles), Cécile CELMA,

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