Le travail, enjeu de société

Publié le

La division sexuelle du travail

De la définition du travail comme travail marchand procurant une rémunération directe, découle la distinction entre population active et inactive. Toute activité effectuée à domicile ne donnant pas lieu à une rémunération, la femme au foyer est écartée du rang de la population active.
De plus, la mécanisation a permis de rendre le travail moins pénible et donc de remplacer la main-d’œuvre masculine dotée d’un savoir-faire par une main-d’œuvre féminine non qualifiée et donc moins onéreuse, favorisant ainsi la division du travail entre les sexes, dévalorisant les métiers et diminuant les salaires. Si l’actuelle crise de l’emploi n’a pas chassé les femmes, elle a considérablement durci les conditions dans lesquelles elles travaillent. Cette situation économique conduit, de fait, les partenaires sociaux à privilégier d’autres champs de négociation que celui d’une égalité professionnelle effective.

Travail et oppression

L’oppression des femmes est ainsi liée aux rapports de domination entre hommes et femmes et à la division sexuelle du travail. Le capitalisme a d’ailleurs récupéré cette oppression à son profit.
D’une part, le capitalisme ignore la contribution des femmes à la satisfaction des besoins collectifs (reproduction, travail domestique, éducation des enfants, soins aux malades et personnes dépendantes). Or, ce travail gratuit est indispensable au fonctionnement de l’économie qui évacue ainsi les coûts de reproduction et d’entretien de la force de travail. Cette invisibilité du travail domestique fausse donc les analyses sociologiques et économiques.
D’autre part, le système se sert de la division sexuelle du travail comme un des leviers de la flexibilité du

travail, de l’atomisation des emplois et de la fragmentation du marché du travail. Le travail des femmes n’est pas continu dans le temps, il suit le cycle de la vie familiale (naissance des enfants, personnes malades au foyer, divorce…), avec la difficulté du cumul des charges professionnelles et familiales, d’où l’invention du travail à temps partiel, outil de dérégulation du travail. L’emploi à plein temps, en CDI, est de plus en plus remplacé par des emplois précaires. Les trois quarts des emplois à bas salaires sont des emplois à temps partiel, majoritairement occupés par des femmes. Le temps partiel contribue à créer des poches de pauvreté féminine, ce qui a pour conséquence de diviser les salariéEs en fonction de leur sexe, d’indemniser de façon partielle le chômage, de diminuer les retraites, de fragiliser les droits acquis et de parcelliser la classe ouvrière.
L’égalité des salaires entre hommes et femmes n’existe pas. Les femmes représentent 47 % de la population active, mais 80 % des bas salaires, 78 % des emplois non qualifiés et 80 % des travailleurs pauvres. Les salaires féminins sont inférieurs de 25 % à ceux des hommes. Partout, en Europe, les femmes demeurent significativement moins bien payées que les hommes.

Invisibilité des femmes

« Le système de santé et de sécurité au travail est un univers masculin où la biologie, la situation sociale et les emplois des femmes sont étrangers à ceux qui les jugent. Les conditions qui les font souffrir ne sont pas censées être dangereuses, leur parole est mise en doute et elles peuvent trouver délicat de parler des organes affectés. L’absence de données scientifiques pertinentes renforce cette situation. »1 Le principal obstacle à une connaissance approfondie de la santé au travail est d’ordre politique. Soit il s’ensuit une reconnaissance des revendications du groupe discriminé et une mise en place d’actions de prévention, soit on prête un caractère plus ou moins immuable à la division sexuelle du travail. Le genre peut ainsi être une simple dimension qui différencie deux groupes d’êtres humains sans désigner un rapport spécifique de domination et laissant croire à une fausse symétrie entre les deux sexes. Ainsi, le travail domestique, alors même qu’il légitime les bas salaires et l’assignation des femmes à des tâches répétitives, permet de détourner l’attention des conditions de travail. En effet, les tâches ménagères et familiales sont encore très souvent considérées comme une des principales causes des pathologies. De plus, les maladies spécifiquement féminines ou plus fréquentes parmi les femmes sont rarement considérées comme des priorités en politique de santé au travail.
Aussi, pour faire échec au système capitaliste, il est nécessaire de lutter en même temps contre l’oppression des femmes parce qu’elle est l’un des piliers sur lequel il s’appuie. Et le fait que les femmes constituent désormais près de la moitié des forces laborieuses est une mutation sociale majeure.
Il nous faut donc continuer de nous battre certes pour le partage des tâches domestiques et parentales et le développement des services publics (petite enfance, aide à la dépendance…) mais aussi pour l’égalité professionnelle en termes de temps de travail, de mixité des emplois, de déroulement de carrière et surtout pour l’égalité des salaires et des retraites.
Rappelons, à l’heure de la réforme, que les retraites des femmes sont inférieures de 38 % à celles des hommes et que plus de la moitié des retraitées touchent une pension inférieure à 900 euros. Ce n’est pas un simple objectif pour l’égalité et les droits des femmes, c’est le projet de société que nous voulons

construire !

Marie-Pierre Lesur, comité santé NPA 31
sources « Tout est à nous ! » du 25/10/10

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s