Faut-il une loi sur l’égalité des sexes dans l’entreprise ? – 2009

Publié le

LE MONDE  04.03.09  
    En Espagne, la nouvelle loi sur l’égalité entre les sexes, approuvée par le Parlement en mars 2007, va au-delà de la directive communautaire et impose 40 % de membres de chaque sexe sur les listes électorales et dans les comités de direction des grandes entreprises. Elle y ajoute l’obligation d’implémenter des plans d’égalité entre les sexes dans les négociations entre syndicats et entreprises.

    Le volontarisme espagnol dans le champ du marché du travail est contesté par ceux qui considèrent que l’on ne devrait pas interférer avec le marché au prétexte que les entreprises maximisent leurs profits. Ainsi, le traitement des femmes et des hommes serait optimal au vu des caractéristiques spécifiques de ces deux catégories d’individus. La création de ce type de loi empêcherait par ailleurs le bon fonctionnement des firmes et aurait pour effet de réduire les revenus des hommes comme ceux des femmes.

    Les nouvelles théories sur le fonctionnement du marché du travail pour les minorités se fondent sur l’idée que les entreprises « anticipent » les comportements des hommes et des femmes, de même que les ménages anticipent les comportements des entreprises.

    Prenons l’exemple de la formation continue, déterminant fondamental pour les évolutions de carrière et, par conséquent, les salaires. Les entreprises investissent dans la formation continue de leurs travailleurs, espérant en tirer bénéfice par le travail à venir de leurs employés. En ce domaine, les femmes seraient moins bien loties que les hommes, les entreprises anticipant leur moindre participation à l’activité économique future en raison des charges qui leur incombent dans le ménage (maternité, accouchement, etc.). Il en résulterait une rétribution moins élevée que celle des hommes.

    Les recherches empiriques montrent que les femmes bénéficient d’un moindre accès à la formation et perçoivent des salaires plus faibles que les hommes. Cette différence, en moyenne, apparaît entre deux groupes de travailleurs répondant aux mêmes caractéristiques. En France, le salaire horaire des hommes est 11 % plus élevé que celui des femmes, en Espagne la différence est de 12 % et en Suède de 9 %. Dans le même temps, la différence en volume horaire de formation reçue par les hommes et les femmes est substantielle : 5 % en Espagne, 4,5 % en France et 3 % en Suède.

    Le comportement des ménages témoigne aussi d’anticipations, parfois inconscientes d’ailleurs. Un ménage « produit » certains biens qui demandent du temps, tels que la cuisine ou la garde des enfants, et impliquent une réduction du temps de travail. Deux cas sont envisageables. Soit les ménages optent pour une répartition plus égalitaire de ces tâches, car cela diminue d’autant l’effort de chacun, soit il apparaîtra préférable de privilégier le travail de l’individu au sein du couple ayant le salaire horaire le plus élevé. Ce qui revient à l’exempter de sa participation aux tâches ménagères. Il en résulte que, si les ménages anticipent un salaire plus faible pour les femmes, ils décideront d’attribuer à la femme une proportion plus élevée de tâches ménagères. Ces décisions confirment ainsi les anticipations des entreprises.

Dans ce contexte, une politique qui changerait les anticipations dans la sphère professionnelle peut modifier le comportement des entreprises et des ménages. En particulier si la loi exige la participation égale d’hommes et de femmes dans certains types d’activités, les entreprises adopteront un même comportement en matière de formation et cela aboutira à l’égalité salariale.

    Mais cette égalité salariale implique une division égalitaire du travail domestique. Au final, un nouvel équilibre peut apparaître tant sur le plan du traitement salarial que sur celui de la répartition des tâches au sein de la famille. L’instauration d’une contrainte législative serait de nature à créer de nouveaux équilibres entre les sexes.

 Cecilia García-Peñalosa est chercheur au CNRS, Groupement de recherche en économie quantitative d’Aix-Marseille (Greqam).
LE MONDE | 04.03.09
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/03/04/travail-famille-et-parite-par-cecilia-garcia-penalosa_1163157_3232.html

 

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