Parité en 2010 : rendez-vous manqués, régression et petit pas

Publié le

Entre les promesses non tenues, les lois non appliquées et les moyens trop chiches ou inexistants accordés au sujet, les adversaires de la parité peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Seule la loi sur la parité en économie, initiée en 2006, a fini par voir le jour. Qu’il s’agisse de la parité en politique, des retraites ou du partage du congé parental, l’année 2010 ne marque aucune avancée.

Début octobre, le Forum économique mondial indiquait que la France régressait du 18ème au 46ème rang mondial en matière de parité. De fait, la politique générale en France n’est pas allée dans le bon sens en 2010.

Premier coup dur de l’année pour la parité : la réforme du congé parental a été tout simplement ajournée. S’il est réformé en s’inspirant des pays du Nord de l’Europe, le congé parental peut pourtant favoriser l’égalité entre hommes et femmes. Un congé bien rémunéré, long,  partagé entre les deux parents met les hommes et les femmes à égalité devant l’emploi : les employeurs savent qu’ils devront s’organiser pour faire face à une absence liée à la naissance quel que soit le sexe de la personne qu’ils embauchent.

Mais cette réforme a été ajournée sine die. Un important groupe de travail, le Haut Conseil de la Famille (HCF) s’était pourtant réuni pendant toute l’année 2009. Les propositions qu’il a faites ont fait grincer quelques dents lorsqu’elles ont été rendues publiques. Du coup, le gouvernement s’est empressé de ne rien faire. La députée PS Danièle Bousquet a bien essayé d’inscrire une nouvelle tendance dans la loi, sans succès. Pourtant en 2009, Nadine Morano s’était avancée sur le sujet, insistant sur la nécessité de partager le congé parental entre hommes et femmes… Et pendant ce temps, une réforme des crèches inquiétait les professionnels de la petite enfance. Elle s’est conclue par des mesures qui ne devraient pas améliorer les solutions de garde d’enfants de moins de trois ans. Et lorsque le Parlement européen évoque l’idée d’allonger la durée du congé de maternité et du congé parental, le gouvernement français est debout sur les freins.

Un statu quo et une régression défavorables aux femmes. Ce sont elles qui interrompent leur activité professionnelle lorsque l’enfant parait. Elles en subissent les conséquences pendant le reste de leur carrière. Et celles qui ne sont pas mères également : la seule présomption de maternité suffit à entraver les carrières des femmes. Rappelons que 64 % des enfants de moins de 3 ans sont gardés par leur maman qui cesse le travail. En 2007, le Président Nicolas Sarkozy, fraîchement élu, avait promis le « droit opposable à la garde d’enfants »…  Compte tenu du manque de structure, il serait bien difficile de faire valoir un tel droit. En attendant, les discours culpabilisant les femmes sont toujours de rigueur, comme celui qui préconise l’allongement de la période d’allaitement… Sans se soucier des inégalités professionnelles que cela entraînerait. D’un côté on les culpabilise, et de l’autre, on leur fait subir les conséquences de leur maternité par de petits salaires et des carrières chiches. Curieuse conception de la richesse : celles qui mettent au monde les bébés qui paieront les retraites de leurs employeurs sont pénalisées.

 

L’égalité professionnelle a avancé d’un petit pas…

Les instances dirigeantes des entreprises pourraient se féminiser. Objectif : 40 % de femmes dans les conseils d’administration dans six ans. Cette loi était en projet depuis 2006 mais elle a dû subir  les foudres du Conseil constitutionnel qui s’était autosaisi du dossier. Le temps de faire admettre qu’une telle loi n’était pas inconstitutionnelle, puis de préparer une loi organique, il a fallu attendre le 20 janvier pour qu’elle soit votée à l’Assemblée nationale. Sentant venir l’obligation, certains dirigeants on commencé à féminiser leurs conseils d’administration… Mais sans forcément faire appel aux femmes les plus diplômées et les plus expérimentées pour le job. Comme en politique, les hommes ont essayé, le plus possible, de choisir celles qui pouvaient rester sous contrôle. L’examen de la loi a été repoussé à plusieurs reprises au Sénat pour aboutir finalement à un vote  le 27 octobre. Mais avec des bémols : les sénateurs n’ont pas voulu retenir comme sanction la nullité des décisions d’un conseil d’administration qui ne respecterait pas les quotas. Les jetons de présence en revanche seront supprimés.

Pour la parité aux échelons inférieurs aux conseils d’administration… Statu quo. Les déclarations de ministres se sont multipliées depuis 2007. Xavier Bertrand puis Xavier Darcos et, en 2010, ce fut le tour d’ Eric Woerth. Et toujours le même scénario : indignation devant les chiffres des inégalités, promesses puis inertie. A chaque fois, on pourrait presque y croire. Eric Woerth fit part de sa surprise aux Etats Généraux de la femme. Puis il s’est rendu sur le terrain pour visiter une entreprise particulièrement attentive à la parité. Et puis… rien.

Seule une décision de justice tombée au cœur de l’été et peu médiatisée peut mettre du baume au cœur des femmes. La cours de cassation reconnait une discrimination même lorsque les fonctions exercées ne sont pas rigoureusement identiques.

 

… La parité politique a reculé

Du côté de la parité en politique, les inquiétudes ont porté sur le changement de mode de scrutin des élections territoriales. Après de légers atermoiements, la réforme des collectivités territoriales a entériné l’adieu à la parité.

L’épisode du remaniement a aussi été l’occasion de remettre la politique au masculin. L’invisibilité des femmes aux yeux des commentateurs était assez frappante.

Les quelques femmes arrivées à la tête de grands partis ne changent que peu de chose à la domination des hommes en politique.

 

Observatoire de la parité contesté

Il faut dire aussi que l’instance gouvernementale chargée de veiller à la parité a été en sommeil pendant 18 mois. Et dès que « l’observatoire de la parité » a été remis en mouvement, il a été contesté. D’abord à cause de la nouvelle rapporteure de cet observatoire qui a commis quelques maladresses sur la notion même de féminisme avant de se prononcer en faveur de la réouverture des maisons closes. Ensuite, le choix des membres de l’observatoire renouvelé a été contesté en raison de la présence de membres ayant une notion particulière de la parité, puis à cause de l’absence de militant(e)s de la parité.

 

Sur le front de la lutte contre les stéréotypes, 2010 n’a pas été une année de bonds en avant. La nouvelle édition du projet mondial de monitorage des médias souligne l’extrême lenteur des progrès dans la représentation des femmes dans les médias et affirme encore que le modèle dominant renvoyé par nos journaux est : femme au foyer, homme au travail… En dépit des changements dans la vie réelle. Dans les médias français, le plus souvent, les femmes symbolisent le monde de la santé, du social, de la famille, ou prennent le visage de victimes.

A noter aussi que, si les stéréotypes enferment les femmes dans des rôles dévalorisants, ils ne sont guère encourageants pour les hommes. Une enquête de l’ORSE sur les hommes dans la publicité le montrait très bien : le mâle conquérant détaché de la chose domestique reste le modèle dominant.

La persistance de ces stéréotypes dans les médias est d’ailleurs un sujet de préoccupation pour l’Europe. De même que les stéréotypes de genre dans l’éducation.

Nous avons eu le loisir de relever quelques perles de sexisme ordinaire dans les médias. Avec par exemple l’indignation sélective des médias au moment où un footballeur était (légèrement) inquiété pour avoir eu recours aux services d’une mineure prostituée. Ou encore les tribunes largement accordées à Polanski. (Et notre rubrique cafouillage regorge de ces petites manifestations de sexisme ordinaire).

L’épisode de la réforme des retraites où « la question des retraites des femmes » est arrivée tardivement montre aussi à quel point les femmes ont du mal à se faire entendre et à voir leurs discours relayés dans les médias. Pourtant, les partisans de la parité se sont mobilisés… Mais ils furent peu visibles dans les médias. Le tout jeune Laboratoire de l’égalité, composé de personnalités connues a eu beau se mobiliser, la parité a encore été un sujet mineur du débat.

 

Et pourtant les enjeux politiques sont forts
Pourtant, quand on leur donne la parole les femmes ont des idées, elles ouvrent le champ du politique. Lorsque nous leur avons demandé ce qu’elles feraient si elles devaient remanier le gouvernement, beaucoup d’entre elles nous ont parlé de créer un « ministère des services ». Il existe en effet un ministère de l’industrie mais pas de ministère des services. Le premier encadre une activité traditionnellement masculine. La seconde activité, exercée majoritairement par les femmes, ne bénéficie pas de la même attention du gouvernement. Et pourtant ce sont les services qui tirent la croissance…

Quand prendrons-nous en compte les richesses
que les femmes apportent ?

Décidément 2010 ne sera pas l’année de la parité.

Sources : site des nouvelles news

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s