Suzanne Roussi-Césaire, une pionnière méconnue

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Suzanne Roussi-Césaire, une pionnière méconnue

«Raconter l’histoire des femmes du monde entier, année après année, est à la fois un défi et une authentique création. Un défi à notre ignorance, encore incommensurable lorsqu’il s’agit de retrouver le passé de nos ancêtres. Les femmes partagent avec d’autres exclus du pouvoir le douloureux handicap d’une histoire en blanc, ou presque. Or, sans la connaissance de notre passé, nous sommes incapables de penser le présent et donc de la projeter dans le futur. Obstacle majeur pour tenter de mieux maîtriser notre destin.»
Elisabeth Batinder

 En 2011, l’Union des femmes de la Martiniuqe a décidé de sortir de l’ombre une femme remarquable Suzanne Roussi Césaire,  méconnue de beaucoup, femme d’Aimé Césaire pour certain-es.  Mais elle a été aussi une intellectuelle engagée, progressiste et militante de l’antillanité.

L’UFM a donc demandé à Huguette Bellemare*, de s’atteler à ce travail d’analyse de son œuvre et depuis c’est à travers de nombreuses communes, par le biais des bibliothèques, associations et lycées que nous portons cette connaissance, que nous échangeons avec ceux et celles qui l’ont connue, qui ont lu ses écrits…que nous ajoutons des pièces à ce puzzle de la vie de Suzanne Roussi Césaire.

BIOGRAPHIE

Suzanne Roussi naît le 11 août 1915 au lieu-dit Poterie aux Trois-Ilets. Elle est la fille d’un employé d’usine sucrière, Benoît Roussi, et d’une institutrice, Flore William (épouse Roussi). Après l’école communale à Rivière Salée et le pensionnat de jeunes filles à Fort-de-France, elle part faire des études de lettres à Toulouse, puis à Paris à l’Ecole Normale Supérieure.

C’est à Paris, en 1936 , que Suzanne Roussi rencontre un groupe d’ami-e-s, parmi lesquel-le-s l’écrivain guyanais Léon Gontran Damas, la comédienne Jenny Alpha , Gerty Archimède, avocate ( future députée communiste guadeloupéenne et Léopold Sédar Senghor, qui lui présente Aimé Césaire.

Le groupe d’ami-e-s se retrouve pour aller au théâtre, au concert (de Duke Ellington, notamment) et danser.
Avec Césaire, Senghor et Damas, Suzanne Césaire travaille à la rédaction de la revue « L’étudiant noir »

Dans les années 30-40, à Paris, elle tient salon littéraire et musical avec ses amies, tout comme leurs ainées, les sœurs Nardal.
Suzanne Roussi et Aimé Césaire se marient le 10 juillet 1937 à Paris En 1938, c’est la fin des études, la naissance du premier enfant. Les Césaire repartent à Fort-de-France ; ils enseignent tous les deux au Lycée Schoelcher.

En 1941, Suzanne a 3 enfants. Elle fonde avec Aristide Muagée, René Ménil et Aimé Césaire, la revue culturelle TROPIQUES (qui est la plus importante revue littéraire des Antilles) : elle en assure « la vie matérielle ». C’est aussi elle qui apporte les articles au service d’information de l’Amiral Robert pour le contrôle des contenus et demander le papier nécessaire à l’imprimerie.  Mais surtout elle  contribue à la revue par la livraison de sept textes, les seuls essais qu’elle ait publiés.

En 1944, Suzanne Césaire est chargée d’une mission d’enseignement à Port au Prince, en Haïti. Après la guerre, Suzanne Césaire retourne à Paris avec son époux, élu alors député du nouveau département à l’Assemblée nationale. Elle abandonne sa propre création littéraire. TROPIQUES s’arrête en 1945.

De 1946 à 1963, Suzanne Césaire vit au gré de l’intense activité littéraire et politique de son époux.  Mais tout en enseignant les lettres en région parisienne, elle est sur tous les fronts : prend une part active aux mouvements féministes (Union des Femmes Françaises), défend les grandes causes humanitaires. Son militantisme lui aurait valu  le surnom de « Panthère Noire ».

Après TROPIQUE, elle adaptera seulement une nouvelle de Lafcadio Hearn (Youma) pour un groupe théâtral martiniquais en 1952. Cette pièce, intitulée Aurore de la liberté, traite de la révolte de mai 1848 en Martinique. Mis en scène par un groupe amateur de Fort-de-France,  le texte n’a jamais été publié.

En 1963, le couple Césaire se sépare, et Suzanne meurt en mai 1966, victime d’un cancer. Elle a 51 ans

BIBLIOGRAPHIE

Les 7 Essais publiés dans la Revue Tropiques
« Léo Frobenius et le problème des civilisations ». TROPIQUES n°1 (1941) : 27-36.
« Alain et l’esthétique ». TROPIQUES n°2 (1941): 53-61.
« André Breton, poète… ». TROPIQUES n°3 (1941): 31-37.
« Misère d’une poésie: John Antoine Nau ». TROPIQUES n°4 (1942): 48-50.
« Malaise d’une civilisation ». TROPIQUES n°5 (1942): 43-49.
« 1943 : Le Surréalisme et nous ». TROPIQUES n° 8-9 (1943): 14-18.
« Le Grand camouflage ». TROPIQUES n°13-14 (1945): 267-273. » Aurore de la liberté « , 1955, pièce de théâtre, adaptation libre de la nouvelle  Youma  de Lafcadio Hearn (texte non publié).

* Huguette BELLEMARE est une militante sociale, anticolonialiste et féministe. Membre active de l’UFM depuis de nombreuses années. Elle est la fille d’une maitresse femme et d’un instituteur-compagnon de route de Césaire – qui lui déclama la poésie de Césaire au berceau, qui possédait toutes les œuvres  du poète dans leur version originale, y compris la collection des TROPIQUES et professait une grande admiration pour Suzanne CESAIRE.
Huguette a fait des études de sciences humaines (sociologie) et de lettres. Elle a été professeure de français et de latin, dans le secondaire. Elle est co-auteure de Plume Ebène , recueil de textes composé pour mettre Césaire à la portée de tous, écoliers et grand public.
Elle est aussi l’auteure de l’étude de l’œuvre « une tempête » d’Aimé CESAIRE, dans laquelle elle présente sa biographie mais aussi l’analyse des thèmes et des personnages de cet œuvre.

Quelques citations:
« Mais le « merveilleux » du morne ? Son aura maléfique ? Sa dure promesse ? La dynamite du morne ? Au lieu de cela, des pâmoisons »…
« Allons, la vraie poésie est ailleurs. Loin des rimes, des complaintes, des alizés, des perroquets. Bambous, nous décrétons la mort de la littérature doudou. Et zut à l’hibiscus,  à la frangipane, aux bougainvilliers.
«La poésie martiniquaise sera cannibale ou ne sera pas. »

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