8 mars 2013 – Lettre ouverte à chacune et chacun, individuellement et collectivement

Publié le Mis à jour le

Toutes et tous féministes !

Ce qui libère la femme libère l’homme (Simone de Beauvoir)

Lettre ouverte à chacune et chacun, individuellement et collectivement.

La journée du 8 mars cristallise les principales revendications concernant la condition des femmes dans tous les pays du monde.
Mais qu’est-ce qu’elles veulent encore, diront certains (et même certaines) ?
C’est vrai, a priori, chez nous – on n’est ni en Afghanistan, ni en Inde. On pourrait se dire que les femmes sont libres, qu’elles ont tout : elles travaillent, sortent, sont élues, …

Ce mythe de l’égalité acquise a la vie dure.

La récente étude de l’INSEE intitulée « Regards sur la parité » dresse un tout autre état des lieux de la situation des femmes en Martinique.

Quelques exemples :

– A niveau de diplôme égal les femmes sont plus souvent au chômage, bien qu’elles réussissent mieux en classe,
– Les emplois féminins sont concentrés à plus de 46% dans 8 familles de métiers liées aux activités traditionnelles des femmes, et qui ne sont pas les plus porteuses d’emploi ,
– L’écart moyen annuel de salaires entre femmes et hommes est de 16,1%,
– 24% des femmes travaillent en temps partiel (13% pour les hommes),
– Il y a davantage de bas revenus dans les familles monoparentales (à 90% des femmes),
– Les mères célibataires ont plus de difficultés à mener de front la vie familiale et professionnelle, notamment en raison de la garde des enfants, et elles ont moins de loisirs que les hommes,
– En politique, la Martinique est la dernière de la classe ! Aucune députée, sénatrice, 11% de conseillères départementales, une seule femme maire…

Et bien, la parité, ce n’est pas pour demain !

Cette étude a le mérite d’officialiser et de confirmer ce que disent toutes les actrices et tous les acteurs qui luttent au quotidien pour faire avancer les droits des femmes en Martinique. Mais les chiffres ne montrent hélas pas tout.

 

Ils n’intègrent pas le manque de respect que vivent les femmes au quotidien, qui s’affiche régulièrement sur nos écrans, dans nos radios, s’invite dans nos conversations, nos blagues, nos chansons…, les proverbes qui traversent le temps et se répètent d’une génération à l’autre… Tout cela alimente nos imaginaires, et, à force d’être banalisé, en devient invisible. Tous les stéréotypes que nous transmettons, hommes comme femmes, sans nous en rendre compte.

Dans la rue, au travail, en politique… Interrogez n’importe quelle femme : elle vous citera une longue liste de ce qu’elle entend dans sa vie de tous les jours, pour ce qu’elle détecte. Tout cela véhicule une image dégradée de la femme, réduite et morcelée en tant qu’objet sexuel. Tout cela nourrit auprès de la population et des jeunes en particulier l’idée que les femmes sont une marchandise comme une autre, à consommer et à jeter après usage.

« Tu ne sais pas prendre les blagues ? »
« Tu manques d’humour »
« C’était pour plaisanter, ça n’a pas d’importance ! »
« Tu pinailles pour des bêtises »
« on ne peut plus vivre »

Ce sont les expressions que nous entendons souvent lorsqu’on réagit à des situations, à des propos sexistes.

Ils n’intègrent pas non plus la souffrance des femmes victimes de violences, à la maison (22%*), au travail (5%*), dans le milieu étudiant (9%*), celles qui n’osent toujours pas parler  (90% pour les victimes de violences sexuelles), celles qui sont murées dans un silence assourdissant ; leur isolement dramatique, et les conséquences terribles de vivre cette douleur pendant des années sans l’avoir exprimée.

Nous entendons la réalité des femmes que nous recevons à notre Espace d’Ecoute, d’Information et d’Accompagnement (5 106 passages téléphoniques et sur place en 2011) et nous savons les conséquences, non seulement immédiates, mais en terme de psychotraumatisme à long terme pour elles et leurs enfants.

 

L’Union des Femmes de la Martinique a choisi pour ce 8 mars 2013, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes le thème suivant :

« Toutes et tous féministes ! Ce qui libère la femme libère l’homme (Simone de Beauvoir) »

Pourquoi ?

Parce que nous croyons, au vu de tout ce qui précède, que le féminisme est bien vivant, moderne et ultra nécessaire.
De nombreuses conquêtes ont été réalisées grâce aux volontés de femmes et d’hommes conscients de la nécessité d’une plus grande justice vis-à-vis de cette moitié de l’humanité en butte à de multiples formes d’oppression.
Aujourd’hui il nous faut, plus que jamais, continuer et amplifier ce mouvement, si nous voulons un réel changement des mentalités. Si nous voulons peser durablement, il nous faut nous s’attaquer aux racines : tous les mécanismes et facteurs qui confortent les violences sexuelles et alimentent leur reproduction.
Ces actions ne sont pas seulement du ressort de quelques femmes militantes.   Chacune, chacun d’entre nous  a la possibilité  « d’oser le féminisme ».

Chacune et chacun d’entre nous peut dire individuellement : OUI, j’ose le féminisme !

J’ose avoir le courage de revisiter, de décrypter et de remettre en question mes propres pratiques au quotidien, ma façon d’aborder la relation à l’autre, ma façon d’aborder ma sexualité, ma façon d’élever mes enfants…, dans notre environnement culturel et social.

 

J’ose le féminisme pour dire Non à cette culture patriarcale machiste, toujours présente, dans

  • Les propos dégradants sexistes dans la rue, dans le milieu scolaire, professionnel, médiatique
  • Les insultes sexistes, le mépris, les violences sexuelles et morales
  • la dévalorisation des femmes comme individus en les employant comme objets sexuels et objets de consommation (publicités sexistes)
  • la revalorisation extrémiste du rôle de mère, de femme gardienne du foyer et pilier moral de la famille
  • La responsabilité de l’émancipation féminine dans la « faillite du couple et de la famille ».

 

Chacune et chacun d’entre nous peut dire collectivement : Osons le féminisme.

Nous savons le nombre de femmes et d’hommes engagé-es au quotidien dans le monde syndical, sportif, associatif. Elles et ils peuvent, au sein de leur structure, être des porteuses et porteurs d’idées, proposer des actions de sensibilisation et de prévention, refuser la violence sexiste et sexuelle, les inégalités salariales et de promotion….

Nos artistes, publicistes, journalistes, peuvent oser être attentif-ves aux messages véhiculés dans leurs productions.

Nos enseignant-es peuvent oser réfléchir aux choix de leurs textes, quelle que soit la matière enseignée.

Nos élu-es des différentes collectivités municipales, départementale, régionale peuvent oser politiquement le féminisme : elles et ils ne peuvent plus aujourd’hui faire l’économie d’un engagement dans des politiques globales de lutte contre les discriminations et les violences envers les femmes : sensibilisation de leur personnel, intégration dans toutes les formations d’un module citoyen, approche de genre transversale de tous leurs axes de travail. Cela se fait de plus en plus ailleurs, partout dans le monde, avec des outils existants. Pourquoi serions-nous à la traîne ?

Les hommes peuvent oser le féminisme. Les femmes, qui sont discriminées et les premières concernées, doivent réagir. Mais les hommes ont aussi intérêt à ce changement. Ils sont concernés par cette question de l’émancipation féminine car elle est « le signe et la condition d’une démocratie et d’une république justes » (Manifeste des féministes en mouvement).

Parce que fonctionner d’égale à égal apporte une richesse de rapports humains que ne procure pas la relation de domination et de pouvoir.

Parce qu’ils peuvent, en attaquant le modèle de l’homme viril, toujours fort et puissant, inventer une autre masculinité, un autre modèle « d’être homme » qui les libèrent  (être ému, prendre un congé parental ou choisir un métier « traditionnellement féminin » sans déclencher clichés et stigmates…)

Leur parole peut avoir un plus grand poids et une écoute plus attentive auprès des hommes que la parole des femmes sur les pratiques masculines.

Dans notre société martiniquaise qu’on dit de plus en plus violente, un fonctionnement basé sur la domination masculine, les inégalités entre les femmes et les hommes, est une des formes de violence. Nous savons que toute domination entraine la violence.

Combattre les violences envers les femmes c’est participer à combattre toutes les attitudes violentes de la société.

Nous devons toutes et tous oser le féminisme parce notre responsabilité d’adultes est de faire que chaque jeune, que chaque fille ou garçon, se construise dans le respect des autres et dans l’égalité ; de transmettre à nos jeunes une autre conscience, plus respectueuse des femmes. Cela ne peut se dissocier de la recherche d’une société plus juste et plus égalitaire pour toutes et tous.

Et vous, quelle est  votre raison pour oser le féminisme aujourd’hui ?

 « L’important au départ ce n’est pas de se dire féministe… C’est de s’engager dans la voie : juste de l’être, au moins un peu, de poser sa pierre, jour après jour, acte après acte, de refuser d’être considérée comme un objet, de chercher à écrabouiller le macho en soi, de relever des propos qui nous dérangent, de s’engueuler avec ses copains, avec ses collègues sur des attitudes et des blagues qu’on désapprouve…»

 

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